09.01.2012

"Les nanas l'ont dans le baba !"

kanreki[1].jpgExcusez la formule triviale, c'est dans ces termes qu'elle m'a été rigoureusement citée par mon interlocutrice, ancienne journaliste et responsable RH.

Samedi, je rechaussai pour la première fois mes skis depuis deux ans . Longues chaussettes rouges en laine épaisse à pompons et montant jusqu'aux genoux, achetées à Belgrade, bonnet de laine tricoté à Sarajevo par les femmes victimes de guerre, le tout sur fond de jogging noir et me voilà à peu près équipée pour cette première  après-midi de ski; sous la neige, la grèle et dans le brouillard.

Légèrement refroidie,voire frigorifiée, je m'en vais boire un thé au restaurant de la piste (ma partie préférée dans les sports d'hiver). Devant la grande baie vitrée, une femme contemple son mari et son fils qui dévalent gracieusement les pentes sous les yeux admiratifs et parfois  las de celle qui sera mon interlocutrice dans les prochaines minutes. .

Je racontai au couple de restaurateurs qui envisage prochainement de prendre leur retraite; le rituel en lien avec l'anniversaire des 60 ans au Japon, le "Kanreki", tradition magnifique. L'homme, le jour de ses 60 ans s'habille tout de rouge et marque ce jour-là, la fin du premier calendrier et se prépare dans de joyeuses festivités à entamer donc un deuxième cycle. Ce qui lui permet d'enlever le masque social de la parfaite normalité attendue après avoir réussi ses études, sa carrière, son mariage, l'éducation de ses enfants et de pouvoir, enfin,  démarrer cette deuxième vie, la vraie vie  rien que pour lui et se laisser aller entièrement à son originalité quitte à devenir un excentrique même un peu fou.  Ainsi, des hommes se lancent dans une nouvelle carrière, plutôt artistique en fonction de leur aspiration à un âge plus avancé mais considéré toujours comme deuxième jeunesse. Cependant, ce beau rituel n'est réservé,  semble-t-il,  qu'aux hommes.

Ma voisine de table , l'oreille tendue, l'ancienne journaliste en question s'exclame :"Nous les nanas, on l'a dans le baba !". "..Pas besoin d'attendre 60 ans, à 45 ans, déjà on n'en peut plus. Nous sommes nombreuses en Europe, à jeter l'éponge et le calendrier on souhaiterait le recommencer tout de suite. La carrière, les enfants, toujours rester mince, porte-jarretelles et bagatelles, on en a marre de cumuler tous les rôles : femme, maîtresse, assistante sociale, infirmière, chauffeur, maîtresse d'école, cuisinière. On a tout voulu. Eh bien ! on a tout eu et on continue à être mettre moins bien payées que les hommes ! En plus de tout ça, il faut rajouter la couche écolo, bientôt ce sont les femmes qui pédaleront à la maison pour assurer l'énergie électrique pour toute la petite famille.

Nous les nanas, on l'a dans le baba !" A quand un Kanreki pour les femmes  ? s'interroge-t-elle, mais à 45 ans, de grâce ! "

08.01.2012

Conte chamanique - Les frontières

DSC01767.JPG

Le chaman comme le premier soir,  maintenant fait apparaître au plus profond de mes rêves une pierre luminescente qui se dessine dans les contours noirs de mes nuits au sommeil somnanbulique et  qui me maintient entre deux états de  semi-veille . Il semble que je suis à peine éveillée, tandis que ma conscience se concentre sur cette pierre à travers laquelle, le chaman transmet son message et tout me parvient de façon si claire, si compréhensible.

C’est ainsi qu’il s’exprima : 

 

“Oublie tout ce que tu as lu et ne regrette pas tout ce que tu ne liras pas…… Le trop plein de savoir finit par rendre aveugle et crée des frontières qui empêcher d'accéder à la conscience universelle qui est la   plus haute  source de connaissance. On croit savoir, mais on ne connaît pas. La conscience des choses est plus importante que la connaissance que l’on pourrait avoir à leur sujet.  Trop de savoir tue la connaissance. L’expérimentation est un savoir qui s’encre au plus profond de nous et qui nous transforme . L’aigle veut bien tout savoir  sur l’art  de voler, mais ce qu’il veut c’est voler, c’est sa seule réalité.  Toi ! Tu veux bien lire de nombreux ouvrages  sur le bonheur, mais ce qui t’intéresse, c’est aussi le ressentir,  sans cela, il n’existe pas,  au-delà,  des mots qui ne seraient que vacuité.

Donc la connaissance participe aussi à créer des frontières, elle nous empêche d’aller vers l’expérience profonde qui nous marque et nous transforme. Les frontières sont là partout où on ne les imagine pas, des freins immenses qui empêchent de prendre son envol.

Les frontières géographiques qui réduisent l’espace transforment  les humains en ennemis,  en envahisseurs, les avilissent, les ramènent à l’état de bêtes,  s’il n’y avait plus de frontières, il n’y aurait plus personne pour les envahir, il n’y aurait que des personnes de passage, d’un point vers  un autre.

Les frontières que l’on s’impose , si moi, je dis que tu es Blanc, donc forcément je suis autre chose que Blanc, si je dis que tu es un homme comme moi ; la frontière disparaît et nous sommes identiques. Si  je dis que tu es une femme, alors cela  signifie que je suis autre chose, revoilà une frontière, je préfère dire que toi et moi, nous sommes humains.

Mais la frontière, c’est aussi la langue, c’est pour cela que nous échangeons au niveau de notre essence qui est universelle et que tu comprends ce que je te dis. Il y a des niveaux d’échanges qui dépassent la langue, intemporels et universels.

Les frontières créent les peurs, créent des différences et dès qu’on a peur, on crée la frontière, le mur qui sépare. L’aigle s’il avait peur du vide aurait le vertige et ne pourrait plus voler, il vole sans se dire qu’il a peur.

 

Les frontières non seulement tuent, mais elles nous réduisent, elles participent à nous enfermer et nous forcent à nous replier  sur nous-même. L’animal qui a peur se tapit, recule, se cache, montre les dents . Comme les animaux, on fuit et on menace.

 

Penses-y, à chaque fois :  où as-tu mis tes frontières ? Celles de la pensée, on se garde de ne pas écouter les autres de peur d’élargir nos horizons, plus loin encore. On s’enferme dans un dogme totalement imperméable à toute idée nouvelle. On créer des frontières entre les âges, les vieux, les jeunes, entre les formes, les petits, les grands, les gros, les nains, les géants. Les voilà les frontières. On peut continuer, ce qui est beau de ce qui est laid, il faut donc bien tracer un trait pour différencier l’un de l’autre. Ainsi va notre vision du monde, d’un enfermement vers  un autre.

 

Chaque jour, compte le nombre de frontières que tu t’es imposé et vois comment les faire exploser. Tu seras étonné de ces murs que tu construis chaque jour et qui bouchent  ton horizon.

 

 “Le Dieu soleil remis à un chasseur, une corde et un arc. Craignant fort les animaux, le chasseur se fabriqua à l’aide de cordes tressées un bouclier ovale, large et plus haut que lui. Il était si peureux, qu’il gardait son bouclier collé contre le visage, il ne voyait plus rien, il marchait comme un aveugle. L’air même ne passait plus tant il avait le nez collé contre cette protection. Ce qui devait arriver arriva, il ne vit pas le goufre comme il ne voyait plus le danger  qu’il aurait pu éviter en regardant devant lui, il tomba au fond d’un précipice. On le revit plus jamais.

 Ou cet autre qui à force de construire des murs de protection de plus en proches,  se retrouva emmuré. Il ne se rendit même plus compte que c’est un cercueil en pierre qu’il se fabriquait.

 

Voilà la pire des frontières : la peur qui fait construire des murs, ces frontières qui nous plongent dans l’obscurité et nous rendent aveugles.

 

Texte sous copyright et soumis au droit d'auteur 

 

 

 

 

 

06.01.2012

12 contes chamaniques - Entre Beauté et Harmonie ; un fil de soie

DSC01767.JPGJe tiens la statue d’un chaman, un Machi araucan, longuement entre mes mains, mes doigts glissent sur ces formes parfaites et douces, j’hésite et décide de l’acheter pour une amie. Le vendeur est un Indien aux cheveux longs, un soleil représenté autour du cou et tenu par un collier en cuir, il n’a que deux ou trois statuettes posées sur un linge devant lui.

 Comment s’appelle ce chaman m’enquis-je ? Il me sourit, me prend par les mains qu’il tient longuement et me réponds :” tu trouveras toi-même son nom après 12 jours !” Etonnement…. Je n’insiste pas. Mais effectivement, il reste précisément 12 jours en ma possession, le jour où je devais l’offrir, la valise est restée bloquée à l’aéroport de Madrid. La statuette est encore avec moi et j’attends une prochaine occasion pour l’offrir comme j’avais prévu de le faire.

 Le premier soir, couchée, alors que je ferme les yeux, aucun paysage n’apparaît, pas la moindre image, pas la moindre scène revue durant le jour. L’Indien m’a volé mes rêves, mon imaginaire, sans doute   ! La statuette est près de moi encore emballée dans son papier. Le deuxième soir, alors que je ferme les yeux, une pierre translucide apparaît, elle rayonne de l’intérieur, elle est ovale et une lumière étrange s’en dégage.

 Une conversation entre moi et l’Inconnu se déroule de façon étrange. Ni peytl, ni herbe du Diable. Cet entretien semble se passer au-delà des mots, deux esprits se rencontrent, un dialogue inhabituel entre lui cet autre et moi, impossible de dire si c’est un homme ou une femme.

 Le thème traité est le suivant : La Beauté et ainsi s’exprime-t-il :

 “Ce soir, c’est une pierre qui attire ton regard, sa forme douce caresse tes yeux, sa lumière tamisée explore la nuit noire de tes rêves. Au-delà de sa beauté, c’est la puissance de la pierre qui te donne de la force. La Beauté est partout sous tes pieds et au-dessus de ta tête, la nature entière est un chant dédié à cette Harmonie, mais plus belle encore est cette nature depuis les ailes d’un aigle, la beauté bien qu’on croit la regarder de haut, vient de l’intérieur. Elle résonne au-dedans et touche le fil de ton harmonie, parce que la beauté est en fil tendu avec l’harmonie. Un malade, ne voit plus la beauté, son harmonie est brisée comme les vagues qui se fracassent contre un rocher. Le malade, lui ne voit que de la laideur, il se nourrit de nouvelles tristes qui le rendent encore plus malheureux.

On t’enseigne qu’une chose est belle, on lui donne un prix, mais la beauté ne s’achète pas, tu la ressens, et cela n’a plus de prix. La Beauté ne réside pas dans l’objet que tu vois, mais dans le sentiment que cet objet t’inspire alors pourquoi vouloir le posséder, tu le sais ce que tu possèdes finit par te posséder, c’est pour cela que nous brûlons les cadeaux que nous recevons, on apprécie le geste et on se libère aussitôt de l’objet.

 

Nourris ton harmonie en cherchant la beauté, au moins trois fois dans la journée, trouve l’occasion de t’étonner devant la beauté d’un arbre, d’une fleur reviens à la nature car tu en fais partie et trop s’en éloigner finit par causer des souffrances, mais un beau sourire, l visage d’un enfant sont aussi harmonieux … Il suffit d’ouvrir tes yeux et de contempler ne serait-ce qu’un instant, mais pour cela, il faut s’arrêter un moment et observer.

Le beau rayonnera en toi comme cette pierre que je t’ai montrée, elle t’illuminera de l’intérieur, ton âme rayonnera de cette lumière dans laquelle tu baignes. Comme les ailes de l’aigle, la Beauté t’emporte très loin, elle te donne des ailes pour l’infini, ton âme chante l’harmonie.

L’aigle se sent léger parce qu’il regarde en haut et plane , le boeuf marche lourdement, l’échine courbée,   l’oeil rivé au sol. Aigle ou boeuf ? A toi de choisir." 

"La divine Energie mit au monde deux jumelles, plus belles l'une que l'autre. Beauté et Harmonie. La première rayonnait de mille feux, elle illuminait tout sur son passage, la seconde plus discrète diffusait un bien-être agréable à qui s'en imprégnait. Elles étaient inséparables, à un tel point qu'elles décidèrent pour ne jamais se séparer de tendre un fil de soie, magnifiquement tissé par divine Energie, et de les lier entre elles.

Un fil qui permettrait aux humains d'avancer soit vers la Beauté et poussé par l'Harmonie, soit l'inverse tourné vers l'Harmonie et poussé par la Beauté. C'était le jeu le plus délicieux qu'elles aient inventé, mais le piège est que si l'humain regardait dans le vide alors il serait happé par le néant, voué à être englouti par le vide, perdu à jamais.

C'est ainsi que ces deux divinités offrirent un fil de soie pour qui voulait tendre soit au Beau, soit à l'Harmonie, un fil invisible tissé par une si belle Energie et qui donne à celui qui l'emprunte des ailes puissantes."

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